Vu dans la presse

Younes Naji, le libraire qui jette des ponts entre l'Orient et l'Occident

Publié le 08/11/2010 à 04h10

La seule librairie orientale de la région se trouve dans le Vieux-Lille. Depuis 28 ans, Younes Naji tient l'Olivier, une caverne d'Ali Baba aux 5 000 références, disons-le, plutôt pointues. Un peu mystique, un peu poète, l'homme n'était pas destiné à faire ce métier qui, aujourd'hui, « donne un sens à sa vie ».

PAR HERVÉ NAUDOT

 

Sa voix douce, presque timide, répète que c'est « le destin » qui l'a mené aux pavés du Vieux-Lille. Ce fameux destin, Younes le mystique y croit dur comme fer. Né en Cisjordanie, il y a 54 ans, ce n'est ni la France ni la librairie qui l'attiraient au départ, mais les États-Unis où il entendait mener des études de médecine.

L'obsession de sa vie, c'était et c'est toujours d'être « utile » aux autres. « Comme je n'ai pas réussi à obtenir de bourse pour aller là-bas, j'ai finalement fait des études de sciences éco à Lille 1. » À son arrivée en 1975, il paie sa scolarité en donnant des cours d'arabe et de soutien scolaire, apprend le français, rêve de « rapprocher l'Orient et l'Occident à travers les livres ». Il appelle une nouvelle fois le destin à la rescousse pour expliquer l'exceptionnelle longévité de cette librairie indépendante, au désordre savamment ordonné, où s'aligne tout ce qui a trait à « l'Orient en général et dans tous les domaines ».

Une pléiade d'ouvrages philosophiques aux titres ardus, de la sociologie, de la sagesse soufie, côtoient des bouquins sur le couscous, et même un exemplaire du Lotus Bleu en arabe. Les débuts de la boutique, en décembre 1982, sont difficiles. Vingt-huit ans plus tard, comme tous ses collègues, il « survit », mais ne se plaint pas : « On ne fait pas ce métier pour faire du fric, mais pour être riche intellectuellement », dit l'homme qui a acquis, au contact des auteurs, une forme de sagesse. Solitaire méditatif en son antre, apaisé au milieu du tumulte, il lit, défriche, et choisit, patiemment, ses ouvrages. En sachant qu'« on ne lit jamais un livre entièrement. Une heure suffit pour se faire une idée ». Sur son bureau, trône un ordinateur portable dont il ne se sert que depuis un an. Et encore, avec parcimonie, pour mettre la main sur des auteurs. La lecture, dit-il, au-delà d'être un boulot, « apporte un sens à ma vie, me donne un équilibre ».

Si le destin (encore lui) l'avait voulu, ce grand joueur d'échecs, père de quatre enfants, aurait pu faire un autre métier. En 1985, en plus de la librairie, il a créé une conserverie artisanale à Lille. Mais il n'a pas donné suite. « Trop fatigant. » Méditer le nez dans les pages lui apparaît plus noble, « on touche au sacré ». Son métier a-t-il évolué depuis toutes ces années ? Oui. L'inflation d'auteurs, de titres, et surtout l'arrivée d'internet ont changé la donne, et rendu les lecteurs plus exigeants. On comprend à demi-mot que les auteurs français ne sont pas sa tasse de thé, bien que des titres de Pierre Loti ou de Victor Hugo (ses écrits sur l'Orient), se faufilent dans les rayonnages. L'oeil qui frise derrière des petites lunettes d'intellectuel dissimule une forme de pessimisme. C'est lorsqu'on pose le stylo et le calepin que Younes se lâche un peu.

Fustige le consumérisme ambiant qui « mène les hommes à leur perte ». Il dit encore : « Ce nouveau monde qui arrive n'est plus celui des livres et des libraires. » De temps à autre, il écrit, pour lui-même, des propos autour de la sagesse. Et s'il compte pas mal d'auteurs parmi ses amis, avec cette humilité qui le caractérise, il ne se sent pas « à la hauteur d'être un écrivain qui doit être utile aux autres. Moi, j'écris simplement des choses personnelles. » •

Paru dans: La Voix du Nord

 


 

Librairie L'Olivier

 

La petite librairie L’Olivier n'y parait pas mais est, en réalité, une vraie mine d'or ! C’est une librairie qui, non seulement est riche culturellement, mais qui, en plus, a du cœur, ce qui tient en grande partie à la chaleur de l’accueil et à la générosité de son propriétaire qui vous fait partager sa passion ...

La petite librairie L’Olivier n'y parait pas mais est, en réalité, une vraie mine d'or ! C’est une librairie qui, non seulement est riche culturellement, mais qui, en plus, a du cœur, ce qui tient en grande partie à la chaleur de l’accueil et à la générosité de son propriétaire qui vous fait partager sa passion : l’Orient. De la sociologie à l’histoire, en passant par la cuisine, la philosophie, les voyages, ou encore l’apprentissage de la langue arabe, tout dans cette librairie est fait pour vous faire voyager dans un autre coin du monde !

Paru dans le Chti : http://www.lechti.com/fiche/librairie-l-olivier.html